Les affiches c’est le graal mais finalement peu de client m’en ont commandé. J’en fait pour des événements culturels, des associations, des concerts. Parfois avec une photo ou une illustration, parfois juste avec de la typo (un exercice que je fais faire à mes élèves). Jadis je me lançai (passé simple) dans une aventure singulière : en 1997 j’habite sur une péniche qui coule ses jours heureux quai de Stalingrad, à Issy-les-Moulineaux. On décide avec quelques amis de monter un petit groupe pour aller coller des affiches dans la rue, gentiment subversives, un brin politique. « On va s’appeler les Bracolleurs ! ». Après une nuit passée à se torpiller je me réveille seul. J’ai longtemps signé mes affiches du nom des bracolleurs qui finalement est parti dans les limbes. Beaucoup de sérigraphies, de dessins sauvages. Je les vendais sur les marchés, dans les bars, dans des expos, suspendues sur un fil à linge canal de l’Ourcq. Je compte plus les marchés de noël à se peler les miches. Mais ça a eu son petit succès, très rentable fiancièrement. Ma plus grande joie c’est quand j’arrivais à une fête et que j’en voyais une punaisée au mur. J’en fais moins ces dernières années et puis j’évite les génocides. « tu crois que tu vas changer le monde avec tes trucs ? » — « non, juste ça nous donne une petite respiration colorée ». Jacques Higelin m’en a pris une dans une manif, j’étais aux anges.